Nous souhaitons vous présenter un livre qui va devenir un incontournable de notre bibliothèque, L’age des Low Tech, de Philippe Bihouix.

9782021160727

Pourquoi « low tech »?

Low tech, pour faire un pied de nez au terme high tech. Qu’est ce qu’évoque l’appellation high tech? Quelque-chose de compliqué, complexe, qui a nécessité beaucoup de Recherche et Développement, plein de dépôts de brevets, plein de procès et de batailles juridiques pour défendre sa propriété intellectuelle. Ça veut aussi dire quelque-chose de difficilement reproductible par tous. Ça pourrait aussi dire quelque-chose de non indispensable (le téléphone machin chouette qui fait le café et la vaisselle et dont on change tous les 6 mois, la télé 3D parce-que-comme-ça-tu-peux-faire-un-bisous-à-Superman, la voiture qui te prend pour une bille et te fait ton créneau toute seule…)

Dans l’industrie, c’est la même chose. L’énergie fossile ou nucléaire demandent des centrales de très grande taille, très complexes à exploiter, afin de pouvoir générer des effets d’échelle. Toute les logistiques sont à flux tendus, donc nécessitent énormément de moyens, dont la mise en place a été facilitée et demandée par la mondialisation des échanges. Certes, cela fait travailler beaucoup de monde et représente une belle part de l’économie mondiale, mais…

Puisque me voila désormais catégorisé du coté des écologistes rabat-joie, peine-à-jouir et affreusement liberticides, pour ne pas dire opposés à la liberté d’entreprendre et donc de bourrer ma boite aux lettres de prospectus ventant la promotion du week-end sur les saucisses barbecue, voici quelques exemples de ce que nous pourrions mettre en oeuvre, relativement rapidement, en réduisant assez peu notre niveau-de-vie-non-négociable.

L’âge des low tech: une alternative entre Milton Friedman (l’âge de la croissance infinie…

milton friedman

…et Manny le Mammouth (l’âge de glace)

manny

Voici un aperçu des concepts développés dans ce livre, pour expliquer la notion de Low tech. Voici les 7 commandements des low tech (avec un ton à la « Yoda »…)

yoda

Concevoir et produire réellement durable: Pourquoi faire, tu t’interrogeras

Il faut donc que ces produits soient conçus et fabriqués pour être, le plus possible, économes en ressources (et notamment en ressources les plus rares), non polluants, durables, robustes, et facilement réparables ou réutilisables, modulaires, plutôt faciles à  recycler en fin de vie. Littéralement un virage à 180° contre l’obsolescence programmée, technique ou culturelle, la différenciation marketing et la logique du tout-jetable.

Voila l’expression d’idées qui nous ont fait remettre en question jusqu’à notre métier dans l’industrie des énergies renouvelables en France…Une centrale biomasse, ça se recycle comment? (et nan elles sont pas en bois hein ^^). Une centrale solaire thermodynamique, on la refroidit comment? Ah, avec de l’eau, en plein désert? Euh…

Est ce qu’il n’y aurait pas moyen de faire mieux, plus simplement?

Si, mais cela s’avère difficile avec ceux qui croient dur comme fer aux ingénieurs thaumaturges et qui les cantonnent dans cette position, avec l’adage « ils trouveront bien ». Le réchauffement climatique? Ils trouveront bien. Les voitures polluantes? Ils trouveront bien. La famine dans le monde? Ils trouveront bien (cf les OGM). Bref, il est facile de faire confiance à une entité supérieure et omnisciente, pour se dédouaner et ne pas se poser de questions sur son mode de vie. Et sans cette remise en question, les ingénieurs (non thaumaturges) auront du mal à proposer de faire moins et plus durable…

Orienter le savoir vers l’économie de ressources: Que tout a un impact tu te souviendras

Faire moins et plus durable, ce serait forcément tourner le dos à l’innovation, au savoir, à la recherche. En réalité, bien au contraire, il en faudra, mais tournés vers des finalités différentes d’aujourd’hui.

La R&D, vraiment pour l’intérêt général? Nous pouvons paraitre hypocrites en posant la question, vu que nous avons tous les deux travaillé dans la recherche. Mais justement, quand on voit le nombre de programmes subventionnés à outrance, amenant à des réductions d’impôts, et sur des sujets à côté de la plaque concernant l’intérêt général (comme la recherche sur des produits bancaires, ou même sur la capture CO2,  sujet contre-productif au possible car le marché du CO2 s’est écroulé en 2012 et ne pourra jamais remonter…) nous ne pouvons que critiquer ces utilisations de l’argent public.  Mais tout n’est pas perdu.

Par exemple, la permaculture, l’agro écologie, la méthanisation, l’éco-conception…sont des sujets nouveaux, répondant aux critères des basses technologies, mais qui ne sont à l’heure actuelle pas encore totalement maitrisés (leur mise en œuvre reste encore assez empirique à ce jour)

Rechercher l’équilibre entre performances et convivialité: De ce qui est moins beau ou neuf tu te contenteras

Mieux vaut, certainement, perdre un peu en efficacité mais faire robuste, simple, avec des matériaux et des technologies éprouvées, pour augmenter les capacités locales à entretenir, à réparer, à faire durer, à maitriser les objets, les outils ou les systèmes techniques. C’est, d’une certaine manière, le syndrome qui a atteint les ex-colonies lorsqu’elles n’ont pu maintenir des infrastructures ou machines dernier cri, payées par l’aide au développement (souvent avec quelques arrières pensées sur l’exploitation induite des matières premières locales), par manque de pièces détachées et d’outillage, ou insuffisance de compétences techniques locales.

La on peut rebondir de suite avec ce qu’on dit toujours sur les énergies renouvelables (et ce pour quoi on nous prend pour des aliens): le solaire photovoltaïque et l’éolien, conçus comme actuellement, ne rentrent pas dans la définition de renouvelable. Les matériaux utilisés, les composites, le silicium, les terres rares, on en fait quoi quand le système est en fin de vie?? Si on réduisait les tailles, en acceptant une certaine perte de rendement, est ce que notre « confort » en serait réduit? Est ce qu’on peut vraiment comparer l’impact de l’extraction de terres rares et de mise en place de systèmes de gestion complexe, avec le surplus de béton associé à cette diminution de taille? D’où l’idée d’analyser n’importe quel système avec son analyse de cycle de vie…

Relocaliser sans perdre les (bons) effets d’échelle: avec finesse, au bon niveau, tu relocaliseras

Il est tentant – et nécessaire- de relocaliser une partie de l’activité économique, de rapprocher les sites de production des lieux de consommation.

Se pose alors la question de l’échelle à laquelle on pourrait ou devrait relocaliser: faudrait-il rapatrier la production chinoise sur le territoire européen? Ou favoriser la réémergence d’industries nationales? Ou descendre à l’échelle régionale, voire locale avec des implantations dans chaque communauté de communes?

Pour répondre il nous faut distinguer les industries de procédés, les manufacturières et les industries de réseau.

Quand on voit qu’au Bénin, le riz produit n’est pas consommé localement, mais entre sur le marché mondial et subit la spéculation des bourses agricoles…et que les Béninois importent du riz chinois…bref, chapitre très intéressant où on parle d’ Henri Ford et d’ Adam Smith.

« Démachiniser » les services: l’homme par la machine, précautionneusement tu remplaceras

Du point de vue des ressources, rien de plus néfaste: on remplace du simple travail humain, certes pas franchement valorisant en général, par de la consommation métallique et énergétique: machines et écrans bourrés d’électronique, donc de métaux rares, branchés en permanence.

Est-il possible de faire machine arrière? Oui surement, en faisant attention à ne pas aller trop loin, mais avec 3 ou 4 millions de chômeurs, on peut certainement ré-humaniser certains services sans que cela change quoi que ce soit à la société. Gardons tout de même quelques machines bien utiles, sans recréer les lavandières en remplacement des lave-linge.

Pour le coup notre expérience au Bénin nous a permis de découvrir l’extrême inverse; par exemple dans les hôtels, la répartition des tâches est totalement incongrue: il y a le mec qui porte les valises, celui qui décroche le téléphone, celui qui fait le ménage, celui qui fait le service, le préposé aux serpillères…ils sont payés à coups de trique, mais ils sont la. Cela tranche avec les gens multi fonctions qu’on est censés avoir chez nous.

Savoir rester modeste: devant la complexité de la nature tu t’émerveilleras

Que nous reste-t-il alors, si l’on est trop darwinien pour se jeter dans les bras de la religion qui apporte des réponses simples au mystères de l’araignée? Accepter que l’on n’ait pas réponse à tout. Contempler les martinets qui passent…et se réapproprier la dimension poétique et philosophique du monde, puisque si la science ne peut le faire pour le moment, seules la poésie et la philosophie peuvent nous aider à décrire et appréhender la réalité qui nous entoure.

C’est beau non? L’œuvre est réaliste et positive, même si nous aurions souhaité plus de réponses concrètes…mais nous l’avons compris, les réponses sont complexes compte tenu de l’inertie ambiante, mais elles sont la, sous nos yeux.

Pas d’alternative, vraiment? et bien réfléchissons, tentons, expérimentons, tant pis si ça ne fonctionne pas, au moins nous aurons essayé quelque-chose! Et quel bonheur, entre temps, d’ouvrir une brèche, une perspective différente de celle d’un système à bout de souffle…

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