Digesteur Low-Tech, ou Comment faire bosser les bactéries pour faire votre cuisine… ou votre électricité!

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Voici enfin (mieux vaut tard que jamais) le manuel pour réaliser un digesteur Low-Tech, que nous avons réalisé au Bénin.

Pour nous le biogaz est vraiment une énergie renouvelable très intéressante :

  • Sa production est sans intermittence
  • Il peut être stocké
  • Il peut être valorisé à distance via les réseaux de gaz naturel
  • Il peut satisfaire tous les besoins énergétiques (chaleur, électricité, gaz et
    carburant)

Ce manuel a pour objectif de permettre à toute personne motivée la réalisation d’un digesteur afin de produire du biogaz et ainsi faire un pas vers l’autonomie énergétique, la lutte contre le réchauffement climatique et la valorisation des ressources locales de biomasse.

Ce manuel décrit ainsi:

  • les principes de cette technologie de digesteur,
  • le dimensionnement en fonction du besoin énergétique et des ressources disponibles,
  • une liste indicative du matériel nécessaire,
  • le détail des étapes de la construction,
  • des conseils pour le démarrage et l’exploitation,
  • ainsi qu’une liste de problèmes susceptibles d’être rencontrés et comment y remédier.

Le principe est simple : C’est une grosse vache en plastique que vous allez nourrir pour récupérer le méthane qu’elle produit!

Ce projet est parti des nombreuses vidéos trouvées sur internet, dont la plus représentative est celle d’un digesteur en Inde : https://www.youtube.com/watch?v=r8NcSyHjvyA (ARTI Compact biogas plant step by step Construction Part 2)

Sauf que ce qui parait simple en vidéo soulève de nombreuses questions dès lors que l’on se lance dans la réalisation, et ce qui semble fonctionner parfaitement dans une vidéo n’est pas forcement aussi rose dans la pratique…

Il existe déjà d’autres guides de réalisation de digesteur, mais souvent :
• ils concernent des digesteurs de démonstration de très petite capacité,
• ils ne sont pas assez détaillés : dans un manuel pas à pas, il n’est pas possible d’adapter de manière autonome si les choix de design qui ont été faits ne sont pas expliqués
• ils se limitent à la réalisation : sans explication sur le dimensionnement, difficile encore une fois au lecteur d’adapter la solution à son besoin ou son gisement disponible.

Il nous a donc semblé pertinent de faire notre part en essayant de synthétiser et partager nos connaissances sur le sujet et les enseignements de notre expérience.
D’où l’intérêt de faire un manuel plus complet pour faciliter la réalisation et l’adaptation de cette solution à différents contextes.

Dans notre cas il s’agissait donc de l’Afrique de l’Ouest (Bénin) avec un gisement de déjections bovines, à destination d’entrepreneurs villageois pour substituer le biogaz à l’essence dans l’alimentation de leurs groupes électrogènes.

A noter que ça marche pour tout type de biomasse fermentescible, ce sont juste les performances qui vont varier (comme dans la nature, certaines choses se décomposent plus vite que d’autres).

Voici le lien pour accéder au manuel : http://www.fichier-pdf.fr/2015/04/01/manuel-realisation-digesteur-v1n-300dpi/preview/page/1/

Avis aux amateurs! Nous sommes disponibles pour répondre à des questions si vous souhaitez vous lancer.

Ça nous aura occupé un bon mois, vu les difficultés à trouver les pièces nécessaires là-bas (pourtant uniquement des pièces standards je vous rassure) et le temps de lancer la réaction (avec l’harmattan il faisait trop froid et les bactéries ne travaillent que s’il fait chaud! Oui même au Bénin il est possible de se cailler les fesses…). Mais en ce qui concerne la réalisation en elle-même ça se fait en une ou deux journées, sans avoir de connaissances particulières (contrairement aux solutions maçonnées habituellement retenues qui nécessitent de faire du Génie Civil).

Et oui ça marche :

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(Bon ok il s’agit là de la première flamme quand le biogaz est pauvre en méthane, mais la flamme bleue en fonctionnement normal ne se voit pas bien sur les photos^^)

Voilà ça n’est pas grand chose, mais on est tout de même contents de l’avoir fait de A à Z, et ça se voit non? 😀

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Plus de photos descriptives dans le fichier !

Nous avons en parallèle travaillé sur la digestion de jacinthes d’eau: Il s’agit d’une plante invasive très difficile à éradiquer et qui gangrène les lagunes locales, et donc pourquoi ne pas en faire une ressource en la transformant en gisement énergétique? Cela permets de faire d’une pierre deux coups : Produire de l’énergie tout en maitrisant la prolifération de la plante et donc ses impacts négatifs sur les eco-systèmes.

On espère que l’entreprise qui travaille sur le sujet arrivera à mettre en place sa bio-raffinerie!

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Toilettes sèches solaires…toilettes du futur?

Traduction?

Essai pour toilettes solaires, mais on n’a pas fait la partie « toilettes »…juste la partie four. Manque de temps et puis bon, ce sont nos petits deniers persos qui ont financé ça alors on ne voulait pas monter la structure complète…mais si le four fonctionne, les toilettes aussi!

Pourquoi des toilettes solaires? Notre charmante expérience de woofing de mai dernier, où il y avait des toilettes sèches, nous a un peu perturbés. En effet, quand tu as fini tes affaires, tu arroses bien le tout de copeaux, donc pas d’odeurs, tout va bien. Mais quand tu vas balancer le seau dans le tas à compost (pas de panique, on attend 6 mois à 1 an avant de considérer que tous les agents pathogènes ont été soigneusement mangés lors de la fermentation), c’est une autre histoire! (smiley qui vomit…)

Nous avons donc cherché un moyen d’inerter les odeurs et les agents pathogènes pour améliorer l’hygiène et faciliter la manipulation (et donc l’acceptabilité des toilettes sèches). Et quoi de mieux que des températures élevées? L’idée est de viser plus de 100°C; le joli soleil béninois pourrait y arriver, non?

Nous avons donc voulu concevoir un four avec les moyens locaux. Nous avons sous-traité la partie structure vitre/miroir ainsi que la fabrication des briques, et la pose du ciment. Les vitriers d’ici, ce n’est pas comme à Leroy Merlin: tu demandes un truc un peu particulier et original, ils te disent banco!

Nous avons voulu réaliser une structure avec une vitre à 45°, un miroir vertical réfléchissant les rayons du soleil, et un environnement réfractaire et bien isolé.

Voici donc les étapes de fabrication:

  • Simuler la structure finale, avec des briques terre/ 20% de ciment. La terre est ici nécessaire pour apporter l’inertie thermique. Le ciment sert de liant pour la tenue des briques.

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On voit bien « l’escalier » où sera posée la vitre, bien à 45°C. Nos briques ont des dimensions de 40 (longueur) * 20 (largeur) * 10 (hauteur) cm. Ces dimensions ont été choisies et discutées avec le maçon.

  • Concevoir la structure vitre/miroir

Avec notre vitrier, nous sommes partis sur une structure à 3 cadres en aluminium: le premier cadre creux, à couler dans le ciment. Le second cadre supporte la vitre, et le troisième le miroir.

La vitre et le miroir font tous deux 60 cm de large (correspond à la largeur de 3 briques( et 56 cm de haut (correspond à la hauteur de l’escalier). Les cadres, de 5 cm de large, dépasseront donc du « vide » du four et seront posés sur l’escalier.

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Structure fermée

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Miroir déployé: il sera vertical, donc maintenu à 135° avec la vitre en positionnement normal.

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Vitre ouverte, pour pouvoir ouvrir le four.

Entre le premier cadre creux et le cadre vitre, des joints maintenus avec des rivets garantissent l’étanchéité. Entre le cadre vitre et le cadre miroir, des brosses permettent aux cadres de ne pas s’abimer quand on les manipule.

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Des vis posée sur les 2 cotés du premier cadre s’enfonceront dans le ciment entre deux marches de l’escalier, et permettront de consolider la pose des cadres dans le ciment.

  • Monter la structure finale sur un plancher :

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Couler une fine couche de ciment et poser 2 rangées de 5 briques (dimensions sur le plancher de 1m * 80 cm). Bien travailler les interstices entre les briques pour garantir l’étanchéité.

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Commencer à monter l’arrière du four (la où se placerait le mur porteur d’un bâtiment, avec siège de toilettes à l’intérieur et partie concentrateur solaire à l’extérieur).

Commencer à monter l’escalier: chaque brique posée au dessus d’une autre doit être décalée de 10 cm.

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Comme l’escalier a 4 étage et que les briques font 40 cm de long, la dernière brique de l’escalier se retrouve au même niveau que l’arrière du four.

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Remplir les marches de l’escalier avec du ciment, pour générer la pente à 45° sur laquelle sera posée la structure vitre. Ne pas hésiter à mettre une légère surépaisseur de ciment par rapport aux briques affleurantes pour bien enfoncer la vitre.

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Poser la structure vitre sur la pente. Soutenir avec des bouts de briques en dessous le temps que le ciment prenne un peu.

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Terminer de remplir les interstices au niveau du premier cadre de la structure. Ne surtout pas mettre de ciment sur les deuxièmes et troisièmes cadres, sous peine de ne plus pouvoir ouvrir.

C’est beau non?

Nous avons choisi un emplacement où le four est orienté au sud et voit le soleil complètement de 11h20 à 16h30, donc les heures les plus chaudes de la journée (et en ce moment il fait 35°C à l’ombre…)

On laisse sécher 24h, et on peut ouvrir et lever le miroir:

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Ici en test avec de l’eau dans un plat en silicone.

Pour maintenir  le miroir vertical, une patte coupée sur mesure et serrée avec 4 vis:

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Un petit loquet permet de bien serrer le premier et le second cadre pour garantir l’étanchéité quand le four fonctionne avec le miroir levé:

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Sauf que…l’étanchéité est le problème majeur: on a plutôt fait un cuiseur vapeur qu’un four solaire (trop étanche!).

L’autre souci est la forte inertie des briques couplée à une absence d’isolation (on n’a pas eu le temps de trouver de l’isolant sur place) : les briques absorbent la chaleur durant la journée, ce qui ralentit la montée en température, mais ce serait une bonne chose si la chaleur n’était pas reperdue la nuit (une fois l’enceinte montée en température après plusieurs jours de chauffe, on conserverait ainsi le fonctionnement des toilettes, même la nuit ou avec un jour de pluie), sauf que justement on perd toute l’énergie la nuit avec les briques qui rayonnent. Du coup  on monte moins haut en température que prévu.

Il faudrait donc ajouter une couche d’isolant autour de l’enceinte. Un seul réflecteur n’est également pas suffisant et il faudrait en mettre 2 voire 4.

On a peint en noir le ciment à l’intérieur, mais ce n’est pas suffisant pour compenser. A noter qu’avec un revêtement métallique (par exemple les offset d’imprimerie généralement récupéré pour les fours solaires) la montée en température serait plus rapide au contact de la matière tout en transmettant bien la chaleur pour l’inertie. Évidemment pas d’offset disponibles au Bénin.

Nous avons tout de même séché à cœur une belle bouse de vache en un peu plus d’1 heure le dernier jour. Il aurait fallu tester avec un mélange un peu liquide pour valider le principe.

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Pour l’améliorer, il faudrait donc:

  • permettre une évacuation plus importante de l’humidité: en calant l’ouverture avec un caillou, on a déjà amélioré les choses. Un tube de petit diamètre inséré dans la paroi devrait faire l’affaire (pour faire un léger tirage de la vapeur vers l’extérieur)
  • ajouter une couche d’isolant autour de l’enceinte (polystyrène, laine de roche…) et idéalement recouvrir d’une couche (peinture, enduit) émettant le minimum d’infrarouges.
  • rajouter des réflecteurs supplémentaires, sur 1 voire les 3 autres coté de la vitre. Avec du carton et du papier alu, ça fera moins « propre » qu’un joli miroir, mais ça pourrait faire le boulot à moindre coût.

Nous n’avons malheureusement pas eu le temps de réaliser ces améliorations avant de partir et quitter Parakou…on a surtout galéré comme des malades pour sortir le truc de 350 kg à 12 personnes de notre arrière cour… et le transporter dans la cour des bureaux de SENS Bénin, vu que quelqu’un s’est engagé à prendre notre relève pour finir de l’améliorer! 😉

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Sciences et low tech? D’après P. Bihouix

Nous souhaitons vous présenter un livre qui va devenir un incontournable de notre bibliothèque, L’age des Low Tech, de Philippe Bihouix.

9782021160727

Pourquoi « low tech »?

Low tech, pour faire un pied de nez au terme high tech. Qu’est ce qu’évoque l’appellation high tech? Quelque-chose de compliqué, complexe, qui a nécessité beaucoup de Recherche et Développement, plein de dépôts de brevets, plein de procès et de batailles juridiques pour défendre sa propriété intellectuelle. Ça veut aussi dire quelque-chose de difficilement reproductible par tous. Ça pourrait aussi dire quelque-chose de non indispensable (le téléphone machin chouette qui fait le café et la vaisselle et dont on change tous les 6 mois, la télé 3D parce-que-comme-ça-tu-peux-faire-un-bisous-à-Superman, la voiture qui te prend pour une bille et te fait ton créneau toute seule…)

Dans l’industrie, c’est la même chose. L’énergie fossile ou nucléaire demandent des centrales de très grande taille, très complexes à exploiter, afin de pouvoir générer des effets d’échelle. Toute les logistiques sont à flux tendus, donc nécessitent énormément de moyens, dont la mise en place a été facilitée et demandée par la mondialisation des échanges. Certes, cela fait travailler beaucoup de monde et représente une belle part de l’économie mondiale, mais…

Puisque me voila désormais catégorisé du coté des écologistes rabat-joie, peine-à-jouir et affreusement liberticides, pour ne pas dire opposés à la liberté d’entreprendre et donc de bourrer ma boite aux lettres de prospectus ventant la promotion du week-end sur les saucisses barbecue, voici quelques exemples de ce que nous pourrions mettre en oeuvre, relativement rapidement, en réduisant assez peu notre niveau-de-vie-non-négociable.

L’âge des low tech: une alternative entre Milton Friedman (l’âge de la croissance infinie…

milton friedman

…et Manny le Mammouth (l’âge de glace)

manny

Voici un aperçu des concepts développés dans ce livre, pour expliquer la notion de Low tech. Voici les 7 commandements des low tech (avec un ton à la « Yoda »…)

yoda

Concevoir et produire réellement durable: Pourquoi faire, tu t’interrogeras

Il faut donc que ces produits soient conçus et fabriqués pour être, le plus possible, économes en ressources (et notamment en ressources les plus rares), non polluants, durables, robustes, et facilement réparables ou réutilisables, modulaires, plutôt faciles à  recycler en fin de vie. Littéralement un virage à 180° contre l’obsolescence programmée, technique ou culturelle, la différenciation marketing et la logique du tout-jetable.

Voila l’expression d’idées qui nous ont fait remettre en question jusqu’à notre métier dans l’industrie des énergies renouvelables en France…Une centrale biomasse, ça se recycle comment? (et nan elles sont pas en bois hein ^^). Une centrale solaire thermodynamique, on la refroidit comment? Ah, avec de l’eau, en plein désert? Euh…

Est ce qu’il n’y aurait pas moyen de faire mieux, plus simplement?

Si, mais cela s’avère difficile avec ceux qui croient dur comme fer aux ingénieurs thaumaturges et qui les cantonnent dans cette position, avec l’adage « ils trouveront bien ». Le réchauffement climatique? Ils trouveront bien. Les voitures polluantes? Ils trouveront bien. La famine dans le monde? Ils trouveront bien (cf les OGM). Bref, il est facile de faire confiance à une entité supérieure et omnisciente, pour se dédouaner et ne pas se poser de questions sur son mode de vie. Et sans cette remise en question, les ingénieurs (non thaumaturges) auront du mal à proposer de faire moins et plus durable…

Orienter le savoir vers l’économie de ressources: Que tout a un impact tu te souviendras

Faire moins et plus durable, ce serait forcément tourner le dos à l’innovation, au savoir, à la recherche. En réalité, bien au contraire, il en faudra, mais tournés vers des finalités différentes d’aujourd’hui.

La R&D, vraiment pour l’intérêt général? Nous pouvons paraitre hypocrites en posant la question, vu que nous avons tous les deux travaillé dans la recherche. Mais justement, quand on voit le nombre de programmes subventionnés à outrance, amenant à des réductions d’impôts, et sur des sujets à côté de la plaque concernant l’intérêt général (comme la recherche sur des produits bancaires, ou même sur la capture CO2,  sujet contre-productif au possible car le marché du CO2 s’est écroulé en 2012 et ne pourra jamais remonter…) nous ne pouvons que critiquer ces utilisations de l’argent public.  Mais tout n’est pas perdu.

Par exemple, la permaculture, l’agro écologie, la méthanisation, l’éco-conception…sont des sujets nouveaux, répondant aux critères des basses technologies, mais qui ne sont à l’heure actuelle pas encore totalement maitrisés (leur mise en œuvre reste encore assez empirique à ce jour)

Rechercher l’équilibre entre performances et convivialité: De ce qui est moins beau ou neuf tu te contenteras

Mieux vaut, certainement, perdre un peu en efficacité mais faire robuste, simple, avec des matériaux et des technologies éprouvées, pour augmenter les capacités locales à entretenir, à réparer, à faire durer, à maitriser les objets, les outils ou les systèmes techniques. C’est, d’une certaine manière, le syndrome qui a atteint les ex-colonies lorsqu’elles n’ont pu maintenir des infrastructures ou machines dernier cri, payées par l’aide au développement (souvent avec quelques arrières pensées sur l’exploitation induite des matières premières locales), par manque de pièces détachées et d’outillage, ou insuffisance de compétences techniques locales.

La on peut rebondir de suite avec ce qu’on dit toujours sur les énergies renouvelables (et ce pour quoi on nous prend pour des aliens): le solaire photovoltaïque et l’éolien, conçus comme actuellement, ne rentrent pas dans la définition de renouvelable. Les matériaux utilisés, les composites, le silicium, les terres rares, on en fait quoi quand le système est en fin de vie?? Si on réduisait les tailles, en acceptant une certaine perte de rendement, est ce que notre « confort » en serait réduit? Est ce qu’on peut vraiment comparer l’impact de l’extraction de terres rares et de mise en place de systèmes de gestion complexe, avec le surplus de béton associé à cette diminution de taille? D’où l’idée d’analyser n’importe quel système avec son analyse de cycle de vie…

Relocaliser sans perdre les (bons) effets d’échelle: avec finesse, au bon niveau, tu relocaliseras

Il est tentant – et nécessaire- de relocaliser une partie de l’activité économique, de rapprocher les sites de production des lieux de consommation.

Se pose alors la question de l’échelle à laquelle on pourrait ou devrait relocaliser: faudrait-il rapatrier la production chinoise sur le territoire européen? Ou favoriser la réémergence d’industries nationales? Ou descendre à l’échelle régionale, voire locale avec des implantations dans chaque communauté de communes?

Pour répondre il nous faut distinguer les industries de procédés, les manufacturières et les industries de réseau.

Quand on voit qu’au Bénin, le riz produit n’est pas consommé localement, mais entre sur le marché mondial et subit la spéculation des bourses agricoles…et que les Béninois importent du riz chinois…bref, chapitre très intéressant où on parle d’ Henri Ford et d’ Adam Smith.

« Démachiniser » les services: l’homme par la machine, précautionneusement tu remplaceras

Du point de vue des ressources, rien de plus néfaste: on remplace du simple travail humain, certes pas franchement valorisant en général, par de la consommation métallique et énergétique: machines et écrans bourrés d’électronique, donc de métaux rares, branchés en permanence.

Est-il possible de faire machine arrière? Oui surement, en faisant attention à ne pas aller trop loin, mais avec 3 ou 4 millions de chômeurs, on peut certainement ré-humaniser certains services sans que cela change quoi que ce soit à la société. Gardons tout de même quelques machines bien utiles, sans recréer les lavandières en remplacement des lave-linge.

Pour le coup notre expérience au Bénin nous a permis de découvrir l’extrême inverse; par exemple dans les hôtels, la répartition des tâches est totalement incongrue: il y a le mec qui porte les valises, celui qui décroche le téléphone, celui qui fait le ménage, celui qui fait le service, le préposé aux serpillères…ils sont payés à coups de trique, mais ils sont la. Cela tranche avec les gens multi fonctions qu’on est censés avoir chez nous.

Savoir rester modeste: devant la complexité de la nature tu t’émerveilleras

Que nous reste-t-il alors, si l’on est trop darwinien pour se jeter dans les bras de la religion qui apporte des réponses simples au mystères de l’araignée? Accepter que l’on n’ait pas réponse à tout. Contempler les martinets qui passent…et se réapproprier la dimension poétique et philosophique du monde, puisque si la science ne peut le faire pour le moment, seules la poésie et la philosophie peuvent nous aider à décrire et appréhender la réalité qui nous entoure.

C’est beau non? L’œuvre est réaliste et positive, même si nous aurions souhaité plus de réponses concrètes…mais nous l’avons compris, les réponses sont complexes compte tenu de l’inertie ambiante, mais elles sont la, sous nos yeux.

Pas d’alternative, vraiment? et bien réfléchissons, tentons, expérimentons, tant pis si ça ne fonctionne pas, au moins nous aurons essayé quelque-chose! Et quel bonheur, entre temps, d’ouvrir une brèche, une perspective différente de celle d’un système à bout de souffle…

Des news et un beau voyage

Après plusieurs mois au Bénin à essayer de monter des projets sur le thème de l’énergie, et de nombreux aléas et dérives de planning, le contexte du développement ne nous permet finalement pas de mettre en pratique nos idées.

Nous quittons donc le Bénin le 13 février. Nous rentrons donc en France, toujours pleins d’idées pour la suite. Même si on n’a pas pu faire ce qu’on voulait, on ne s’est pas tourné les pouces pour autant, nous avons réalisé un digesteur low tech (bouse de vaches, youpi), pour produire du biogaz en contexte villageois. Nous essayons également de finir avant de partir nos tests de toilettes solaires… Articles à venir! (quand on aura le temps…compte tenu de nos préparatifs de départ)

Pendant toute ces réflexions, nous avons pris le temps de réaliser un beau road trip, du Nord au Sud du Bénin, pendant les congés de fin d’année. Voici quelques photos (merci aux photographes! 😉 ):

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Le coton, la production nationale encore aujourd’hui, qui a donné son petit nom à la capitale, Cotonou.

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Pumba, dans le parc national de la Pendjari

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Les tatas sombas, habitats traditionnels du nord ouest du Bénin, avec des greniers au niveau de la plateforme.

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L’ethnie qui habite les tatas se font des scarifications identiques au décors des maisons…

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Les chutes de Kota

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Des animaux (et ossements) pour des sacrifices vaudous…Le Bénin est la terre du vaudou, bien avant le Brésil ou Haïti.

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Les esclaves de OUidah, au sud ouest du pays…

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…Passaient par la routes des esclaves et la porte de non retour…

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A très vite!

Premier florilège de photos béninoises

Article pour nos proches:

Alors on en a mis, du temps, avant de faire notre premier article béninois…les choses se mettent (très!) doucement en place…nous venons seulement de trouver notre maison à Parakou, d’où ces quelques photos…

Prochain article avec la suite de note installation et un point sur les projets à venir!

Tout d’abord notre future maison, vide mais on commence à s’y installer cette semaine:

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Le salon

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Petit aperçu du pick up chargé à Cotonou…

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L’endroit improbable où on a trouvé notre machine à laver allemande d’occasion qui « a l’air » de fonctionner: le quartier Zongo à Cotonou (on y trouve tout, mais absolument tout!)

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Un autre bout de Zongo: le vélo vous le voulez de quelle couleur ?

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Nos vélos…ils avaient l’air bien comme ça mais ils ont quelques petits soucis…du genre dérailleur ou roue voilée! On les fera réparer sur Parakou.

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Autre moyen de transport en cours d’apprentissage…

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Bon, ça c’est pas un moyen de transport même si ça fait planer…hamac et jardin super sympa chez Isabelle, une expat française chez qui ont loge quand on est sur Cotonou grâce à Air Bnb.

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Chargement d’un broyeur agricole… sur une vieille Renault et en tongs… plus qu’à prier qu’il n’y ait pas de blessés et que ça arrive à bon port.

Maintenant photos de Dassa:

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La grotte de Dassa, haut lieu de pèlerinage catholique (50 à 100 000 personnes qui viennent le WE du 15 août chaque année, dont beaucoup de Nigerians) qui était autrefois une lieu de culte Vaudou

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Une colonne de fourmis hyper agressives qui ont la particularité de rester plantées dans la peau une fois qu’elles ont mordu (comme le dard d’une abeille)… hostile la nature.

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Les trous d’eau sur les collines, piscines naturelles… à partager avec plein de trucs

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Une petite dernière pour la route…crédible ou pas en béninoise?

Voila, la suite au prochain épisode!

 

 

Economie = Energie, le chaînon manquant entre Economie et Monde réel?

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Après les précédents articles en lien avec l’énergie, il est temps pour nous d’expliquer pourquoi c’est un sujet important, qui concerne tout le monde , et non pas seulement quelques ingénieurs dont le rôle est de faire de l’électricité pour que tout le monde puisse aller sur Internet et avoir chaud l’hiver…

Comme indiqué dans le premier article, l’énergie est la grandeur qui caractérise un changement d’état d’un système, et ainsi dans toute action de la vie de tous les jours, dans tout objet, est intervenue une transformation énergétique.

Ça parait idiot, mais rien que d’énoncer ceci équivaut à remettre en question une bonne partie de la théorie économique actuelle :

L’économiste nous dit en effet que l’Économie est l’activité humaine qui consiste en la production, la distribution, l’échange et la consommation de biens et de services. Jusque là on est d’accord, sauf que lui va traduire ceci en :

Capital+TravailCapital + Travail dans l’appareil productif donne une production de bien et de services.

Sauf que, physiquement (dans la vraie vie donc…), cela signifie en fait :

Ressources + EnergieRessources + Énergie dans l’appareil productif donne une production de bien et de services. Le Capital n’est qu’une boucle de rétroaction interne au système productif, constituée des ressources et du travail passés, qui permettent l’activité présente (immeubles de bureaux, machines outils…).

Vous allez dire « Oui mais ça ne marche que pour l’industrie ce schéma : quid de l’économie des services? ». Eh bien c’est la même chose: un super-marché qui ne fait qu’acheter et revendre des biens (ce qui est un service rendu) a besoin d’infrastructures et de gens pour fonctionner. Idem pour les prestations intellectuelles, puisque tout être humain a besoin de se loger, se nourrir, se vêtir, se déplacer, travailler sur un ordinateur… et son appartement, sa nourriture, sa voiture, son ordinateur nécessitent des ressources. Et il ne pourra se les offrir contre ses services que parce que de l’énergie d’origine non humaine est injectée dans le système de manière abondante.

Ainsi, il est illusoire de croire qu’il est possible d’avoir une économie basée uniquement sur les services, comme on a essayé de nous le vendre pour faire passer la pilule des délocalisations dans les années 1990.

J’en entends déjà certain répondre « Oui mais l’économie virtuelle? Avec Internet on peut générer des services sans avoir besoin d’humains! Une croissance infinie de l’économie est donc possible via la virtualisation! ». Eh bien non plus, puisque l’économie numérique c’est des serveurs qui nécessitent des ressources et de l’énergie pour fonctionner : L’écosystème numérique représente quand même environ 10% de la consommation énergétique mondiale.

Évidemment, une fois les arguments rationnels épuisés, les têtus vont dire « Ce n’est qu’une approche différente, ça ne prouve pas que les économistes aient torts. Il n’est d’ailleurs pas possible qu’autant de gens se trompent à notre époque. »

Soit, regardons le schéma de l’économiste et comparons à la situation actuelle : En gros si on avait plein de capitaux, et qu’on fournissait plein de travail, on ferait tourner l’économie à fond et on produirait un max de biens et de services et ça serait l’abondance!

Sauf que les banques centrales prêtent à des taux ridicules (<1%), ce qui signifie que les marchés sont inondés de liquidités et donc que le Capital est disponible en abondance. Quant au travail, nous sommes dans une période de chômage de masse, donc ce ne sont pas les bras qui manquent pour faire avancer les choses.

Bon, une fois que vous êtes convaincus qu’il y a anguille sous roche, voire même mammouth sous gravier, (si vous ne l’êtes pas, n’hésitez pas à donner vos arguments en commentaires), ce qui est intéressant ce sont évidement les implications de ce dernier schéma :

1) La « productivité du travail », c’est essentiellement combien d’énergie pour machines nous avons par bonhomme (désolé, ce n’est pas grâce à vous qui restez tard au boulot) … et le ratio est de 1 pour 200 (en moyenne mondiale) !

Une théorie intéressante est d’ailleurs que l’esclavage n’a été aboli que parce que l’Homme a eu accès à une énergie abondante (à l’époque le charbon avec les machines à vapeur) et donc qu’il n’était plus économiquement intéressant d’avoir des esclaves pour ce qui pouvait être mécanisé… d’où la guerre de Sécession entre les états du Nord industrialisés et les états du Sud dont l’économie était basée sur des activités agricoles nécessitant beaucoup de main d’œuvre (le coton).

2) On en vient au titre de cet article, on peut résumer à une simple équation :

Economie = EnergieECONOMIE = ENERGIE

(Je remet le lien vers l’excellent site de JMJ des fois que ça donne envie à certains de creuser plus en détail.)

 

L’énergie n’est pas un secteur de l’économie comme un autre, mais ce qui permet l’Economie! Et c’est pour ça qu’il s’agit d’un sujet primordial qui impacte directement le quotidien de tout un chacun (et c’est pour ça qu’on vous embête avec ça :-)).

Entre septembre 2003 et juin 2008, les cours du brut ont été multipliés par 5, avec un record historique de plus de 103 dollars en mars 2008. La crise démarre à l’automne 2008. Chacun sait aussi que la crise de 1973 commence  par un choc pétrolier, mais rarement ce lien a été fait dans les médias pour celle de 2008.

Dans le long terme, il y a un net ralentissement de la croissance dans les pays développés, ce qu’illustre le tableau qui suit. L’évolution est frappante dans le cas de la France. Les États-Unis, de leur côté, ont pu maintenir un taux de croissance élevé pendant une assez longue période grâce à la financiarisation, mais ont fini par enregistrer à leur tour la nette décélération que l’on retrouve dans la plupart des autres pays développés. Dans les « pays riches », les taux de croissance se réduisent progressivement, décennie après décennie, passant de 6,5% en moyenne dans les années 1960 à 1,8% dans les années 2000.

Taux de croissance annuels moyens du PIB en volume :

France Etats-Unis
1970-1980 3,68% 3,17%
1980-1990 2,38% 3,33%
1990-2000 1,97% 3,46%
2000-2010 1,11% 1,64%

France : PIB en volume aux prix de l’année précédente chaînés. Source : Insee. Etats-Unis : Indice du PIB en volume (2009 = 100). Source : Bureau of economic analysis.

En clair, c’est la tension sur les approvisionnements énergétiques qui provoque la crise économique : la crise des subprimes ou la crise de la dette n’en sont que des conséquences, de même que les crises qui s’annoncent sur la dette des étudiants (le montant total des prêts étudiants atteint la somme de 1000 milliards de dollars), ou la bulle immobilière chinoise (1 appartement sur 5 vide). Ces évènements complexes sont liés à la financiarisation de l’économie, qui a elle même été une réponse au choc pétrolier de 73 (merci Tatcher et Regan) : Elle a permis la poursuite de la croissance par la dette, repoussant ainsi dans le temps l’échéance d’une remise en question du système actuel. (Pour faire simple, elle a permis d’accélérer et de multiplier les échanges, sans pour autant augmenter la production réelle).

(Pour les motivés qui veulent comprendre le mécanisme de la création monétaire, voici une vidéo très bien faite.)

Sauf qu’un jour les dettes, il faut les payer, et quand on s’aperçoit que personne ne peut payer, c’est la crise. Et quand la dette est passé des ménages aux banques puis aux États… il n’y a plus personne à qui refiler la patate chaude… enfin si, les ménages à nouveau (et oui l’État vit avec nos impôts), et la seule façon d’éviter l’effondrement du système (c’est-à-dire empêcher que les dettes ne valent rien), c’est d’imposer l’austérité. Car oui, l’austérité c’est les gens qui possèdent la dette des autres, qui refusent qu’on leur dise qu’ils possèdent du « rien », et donc qui exigent de pouvoir se servir sur les biens communs (à prix bradés tant qu’on y est).

Voici une courte vidéo hilarante qui illustre bien tout ça via la crise espagnole. La conclusion : nous avons volés nos futurs nous :-D! Ou le retour du boomerang…

Pour ceux qui douteraient encore des liens entre Economie et Energie, voici des graphes qui indiquent l’évolution de la dette de la France et de l’Allemagne, ainsi que l’évolution de la balance commerciale énergétique :rech-croissance-dette-souveraine-importations-hydrocarburesÉvidemment on ne s’endette pas que pour notre énergie, mais cela correspond aux 3/4 de la dette souveraine… coïncidence? Allons…

D’ailleurs, des chercheurs au FMI commencent à intégrer le lien entre production de pétrole et croissance du PIB et introduisent même la notion d’entropie dans l’économie ! Une petite révolution même s’il leur a fallu le temps et que cela reste encore dans les labos…

Reprenons: la croissance ne reviendra pas, quelles que soient les exhortations de nos responsables politiques.

Pire, les ressources énergétiques étant en raréfaction (voir ici, ou ici), nous allons de fait entrer dans une période de récession chronique : Il va falloir apprendre à vivre avec moins! Sachant que la majorité du monde (les pays en développement) cherchent à vivre mieux, et qu’en plus on va être toujours plus nombreux, ça veut dire que les occidentaux vont devoir apprendre à vivre avec beaucoup moins!

Cet ajustement est inéluctable, à chacun de voir si celui-ci sera ignoré et donc subi (la guerre), ou anticipé et contrôlé (la transition!).

« Les cinquante prochaines années seront très différentes car nous n’aurons plus accès au pétrole à bas-coût et cela va tout changer. La raréfaction de l’énergie questionne l’alimentation, les transports, les bâtiments. Nous faisons tous partie d’un système qu’il nous faut changer ou aucun d’entre nous ne survivra ».

(Dixit un type de Détroit, véritable labo de ce qui attend vraisemblablement l’occident)

Voici d’ailleurs un manifeste intitulé « Dernier appel » qui nous vient d’Espagne, et dont nous partageons l’analyse et la vision.

Dans les prochains articles, il sera enfin question des solutions qui s’offrent à nous! Les constats déprimants ça va un temps mais il ne faut pas se laisser abattre et rapidement se retrousser les manches ^^.

 

 

 

 

 

Qui a peur du grand méchant loup? C’est pas nous!

Bon, on a fait un revival des trois petits cochons. Dans le conte le petit cochon qui construit en paille est un looser vu qu’il se fait souffler sa baraque et se fait bouloter en premier par le grand méchant loup. Nous on a eu envie de réécrire l’histoire, et de lui laisser une chance de ne pas finir en saucisson sur pattes!

On a donc passé une semaine à la Roche en Régnier, à coté d’Yssingeaux en Haute Loire, du 9 au 13 juin. Nous avons un peu tardé pour écrire cet article car nous attendons encore des fiches techniques réalisées par des stagiaires. Nous mettrons l’article à jour dès qu’elles seront prêtes.

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Les bords de la Loire au petit matin

On ne va pas faire doublon avec le blog d’Hervé, le proprio des lieux, qui présente l’avancement de la construction depuis ses débuts.

La construction de la maison touchant à sa fin (premiers habitants prévus pour septembre. La construction a débuté il y a maintenant 3 ans), nous avons donc essentiellement travaillés aux « finitions »: pose de cloisons avec un mélange argile paille, pose d’enduit sur paille, pose de tomettes au sol. Cependant, comme nous étions venus pour découvrir la technique de construction de ce type de maison, nous nous sommes tout de même entrainés au montage de murs en bottes de paille selon la méthode « poteaux-poutres ».

La structure porteuse de la maison est la charpente, et le remplissage entre le poteaux et les poutres est fait avec des bottes de paille (attention à prendre des bottes uniformes et aux bonnes dimensions!). Le revêtement extérieur des murs est en bois:

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Méthode: montage de murs en paille poteaux poutres:

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La structure poteaux (verticaux) / poutres (horizontales) est montée par un charpentier; l’inter espace entre les poteaux correspond à la largeur d’une botte moins quelques cm, ceci pour bien les comprimer en force, pour qu’elle jouent bien leur rôle d’isolant.

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Certaines bottes sont récalcitrantes…

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Une fois que les bottes sont montées en hauteur, on les comprime avec un cric (en évitant que celles d’en dessous se fassent la malle sous la compression!), on cloue de banches pour maintenir la compression avant de retirer le cric, et enfin on rajoute une botte au dessus pour combler l’interstice :

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Cette partie est relativement rapide, mais bien physique! Et il faut s’être assuré d’avoir des bottes dont les brins sont parallèles au mur, et non pas perpendiculaire (sinon vive les ponts thermiques, le mur ne sera plus isolant mais conducteur!)

D’autres méthodes sont possible pour monter des murs en paille, notamment la méthode des Cellules Sous Compression, mais la méthode poteaux poutres est pour l’instant la seule à être autorisée aux auto-constructeurs français.

Montage de cloisons en argile/paille:

Il faut créer un mélange argile eau paille. Tout d’abord on met de la terre argileuse dans une bétonnière, avec de l’eau: par décantation les pierres et cailloux vont tomber au fond de la bétonnière, restera en surface un mélange argile-eau avec lequel on arrose de la paille, puis on malaxe le tout pour bien imprégner la paille, et enfin on laisse égoutter l’eau excédentaire :

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Une fois le mélange fait, on peut remplir les coffrages posés:

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Le bar de la cuisine qui attend d’être rempli. Le coffrage permet de remplir environ 20 cm de hauteur avec ce mélange. On laisse sécher entre 24 et 48h, on décoffre et on repose les banches au dessus. Travail long et fastidieux, il faut bien comprimer le mélange à la main sinon gare aux trous après séchage! Aïe les mimines…

Pose de l’enduit terre sur les cloisons argile paille et sur les murs en paille

Un mélange est réalisé: 60% de terre, 30 % de crottin de cheval (miam miam!) et 10% de sable. L’enduit tient grâce aux fibres apportées par le crottin, et sert d’inertie thermique à l’ensemble de la maison.

L’enduit, c’est tout un art. Il faut mettre assez d’épaisseur pour bien couvrir l’aspect paille des cloisons, mais pas trop sous peine de voir ces mêmes cloisons s’effondrer sous le poids de l’enduit! Il faut bien talocher pour bien lisser, il faut que ce soit humide mais pas trop…bref c’est de la dextérité et de la patience.

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L’inconvénient? Comme on utilise de la terre fraiche, on aura beau bien lisser, de petites plantes peuvent pointer le bout de leur nez à travers l’enduit! Coucou je suis un mur végétal!

Dès que nous aurons les fiches techniques nous les mettrons ici, l’idée étant de travailler sur un argumentaire vis-à-vis des différentes solutions d’auto construction en terre paille.

De ce que nous en avons vu, la technique terre-paille est très intéressante en terme de vitesse pour monter les murs extérieurs, et la paille est un isolant économique. En ce qui concerne les murs intérieurs, la technique est bien trop demandeuse de main d’œuvre (faire le mélange, bourrer entre les banches, tamiser l’argile, tamiser le crottin, faire les 3 couches d’enduits…) pour être viable sans chantier participatif.

En tout cas le chantier participatif c’est sympa (hou les doigts dans la gadoue! un chouia régressif quand même ^^), ça nous a permis de rencontrer des gens très intéressants et d’apprendre à vitesse grand V le vocabulaire de la construction. Si l’on décide un jour de se lancer dans l’aventure, il faudra que l’on en fasse d’autres : c’est une très bonne école pour acquérir le pragmatisme nécessaire à la réussite d’une auto-construction!

On retiets qu’en tant qu’auto-constructeur, il y a un gros risque à se lancer dans un gros projet comme celui-ci (120 m²), et qu’il vaut mieux bien réfléchir à ses besoins réels afin de faire une conception minimaliste (le maitre d’ouvrage a fini par conclure que son besoin réel c’était sa yourte! :-D). Ce sera d’ailleurs un de nos objectifs pendant nos 2 ans au Bénin : Travailler à la conception d’une future maison tournée vers l’autonomie (énergie et eau) en s’inspirant des différentes techniques construction que nous aurons vu (Terre-paille, Earthship, Pisé, Brique de terre compressée…) et des connaissances en conception bioclimatique que nous aurons l’occasion de développer là-bas (nous encadrerons un stage sur le sujet pour SENS dès septembre).

Pour terminer, florilège de photos de ce qu’on peut réaliser avec des enduits :

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Tracé de la Loire

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C’est beau non?

 

Les Fablab et le DIY: outils de la transition?

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Qui n’a jamais rêvé de se fabriquer soi-même tout ce qui passe dans la tête?…de réparer un objet du quotidien, de sortir de l’obsolescence programmée, de se réapproprier les outils de fabrication, de faire preuve de créativité, d’inventer, d’imaginer et de réaliser le fruit de son imagination?

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On peut faire tout ça, et bien plus, dans une Fablab. Nous avions déjà présenté succinctement le concept dans ce blog, au tout début de la réalisation de notre éolienne, mais nous souhaitions revenir sur le potentiel de ce concept (qui pourrait devenir demain des « micro-usines de quartier », et plus généralement sur l’importance du mouvement Do It Yourself (DIY pour les intimes).

Pour ceux qui n’ont pas lu nos articles sur la fabrication de l’éolienne, la Fablab, de la contraction des mots FABrication LABoratory (ou Fabrique Laboratoire), est un atelier intégrant des machines-outils à commande numérique mises à disposition auprès du grand public, c’est-à-dire une plate-forme de prototypage relativement simple.

Le concept, né en 2004, est réglementé. Une Fablab obéit obligatoirement à une charte mise en place par le MIT. En Août 2012, l’International Fablab Association comptait ainsi 149 fablabs dans le monde. Ces derniers s’appuient sur 15 machines-outils recommandées et mises en ligne par le MIT, dont celles qu’on retrouve à Grenoble: découpeuse laser, découpeuse vinyle, fraiseuse numérique. L’imprimante 3D ne fait pas partie des machines recommandées par le MIT, mais beaucoup de Fablab en sont dotées étant donné le potentiel de ces machines.

En revanche chaque entité développe sa propre architecture et ses propres projets. Le fablab de Jalalabad par exemple a lancé un grand projet de démocratisation du WiFi, le projet FabFi. Celui de Barcelone se spécialise plutôt dans l’aide aux projets architecturaux utilisant  les technologies numériques.

Do it Yourself? Do it With Others?

Les fablabs constituent un réseau dynamique et croissant organisé pour favoriser les échanges et partager les expériences et connaissances. Concrètement, si t’es pas doué, un petit copain connecté au net ponds un plan d’un objet, le partage en ligne. Tu surfes, tu aimes le plan, tu le télécharges, tu achètes ta matière et tu envoies le plan sur ta machine qui te sort l’objet (ou les pièces de l’objet). Si t’es doué, le petit copain, c’est toi! 😀

Regroupant des chercheurs, des informaticiens et des artistes qui ensemble font vivre l’endroit sous la loi du « imaginer, fabriquer, partager », ils sont donc une excellente illustration de l’évolution du Do It Yourself vers le Do It With Others. Ce milieu qui promeut l’innovation libre permet de se réapproprier des moyens de production réservés au milieu professionnel mais également aux utilisateurs d’être actifs dans leur consommation plutôt que passifs : il implique nécessairement une meilleure compréhension du produit et de ses processus ainsi qu’une réelle participation de leur part. Quoi de mieux pour relocaliser la production, et surtout se la réapproprier pour gagner en autonomie… bref, sortir d’une logique de consommateur.

Quand on fabrique quelque chose, non seulement on sait comment cela marche, on est fier de soi, et il se génère un côté « affectif » avec l’objet créé. On a conscience du temps et des efforts requis pour le fabriquer, ce qui permet de sortir de la logique Achat-Obsolescence-Déchet frénétique. On pourra également arrêter de jeter des objets sous prétexte qu’une petite pièce de rien du tout est manquante ou cassée.

Le mouvement DIY est une approche concrète et une mise en pratique de l’écologie et de l’anticapitalisme, par l’anti-consumérisme.

La poursuite de la révolution internet

En fait, les Fablab, c’est le principe même du hacking : on apprend aux gens à faire par eux-mêmes. Sauf que les hackers étaient auparavant cantonnés à l’informatique alors que là c’est le monde matériel (« Bienvenue dans le monde réel Néo. »)… Et si vous nous lisez aujourd’hui c’est grâce à Internet, un truc inventé par des hackers anarchistes et qui a révolutionné notre quotidien. Imaginez maintenant le potentiel de bouleversements à venir si ce genre de bidouilleurs avait désormais la capacité d’agir dans le réel. Car les Fablab, hacklab ou hackerspace c’est ça : des portes pour que la révolution internet se poursuive dans le monde matériel.

Le concept de Fablab applique au monde industriel l’esprit de partage, d’innovation et de gratuité que l’on trouve sur Internet comme avec les logiciels libres et les réseaux sociaux. En permettant à n’importe qui d’accéder à des machines industrielles simples et à bas coût, on sort du mode de production classique.

Un peu de prospectivisme …

Impossible aujourd’hui de prévoir les conséquences, mais la graine est là.

Il suffit simplement de se rappeler que les grands enjeux idéologiques du XXème siècle ont tournés autour d’une simple question : Qui contrôle les outils de production? L’Etat (doctrine Communiste) ou le Capital (doctrine Capitaliste)? Avec les Fablab et des outils comme l’imprimante 3D, c’est désormais potentiellement… tout le monde. Avec comme enjeu la sortie du productivisme, puisqu’il ne sera plus nécessaire de produire (ni donc de vendre via la publicité) en grande quantité pour que cela soit « rentable ». L’impression 3D rend la création d’objets uniques aussi bon marché que la production en grande série, sapant les économies d’échelle. : on transforme des coûts fixes (le moule) en coûts variables (la poudre ou le fil). Ça permet donc de produire, de zéro à n exemplaire, n étant le nombre pour rentabiliser le moule, chose que nous ne savons pas faire actuellement.

Cela sera très bénéfique à l’innovation et très pénalisant pour les grands argentiers comme les banques, les fonds de pension ou les grands groupes en situation de monopole : ce type de production permettra une montée en puissance progressive de start-up qui pourront s’auto-financer au fur et à mesure du succès de leurs produits, sans avoir à investir (et donc à emprunter ou faire rentrer au capital) de manière importante. Encore une fois le parallèle avec internet est pertinent puisque le numérique est un terreau fertile de start-up innovantes alors que l’industrie manufacturière est depuis longtemps verrouillée et concentrée entre les mains d’acteurs mondiaux (ce qui génère de gros problèmes de lobbying dès qu’il s’agit de régulation environnementale ou de fiscalité par exemple).

Derrière cette disparition de l’importance des économies d’échelle se dessine également la capacité de décentralisation de notre économie, la rendant par là même plus résiliente.

C’est le sens d’un article de Forbes :

« Cela n’aura plus de sens d’envoyer des matériaux bruts jusqu’en Chine pour qu’ils soit assemblés en produits finis puis renvoyés aux Etats-Unis. L’industrie manufacturière redeviendra une industrie locale, où les produits seront fabriqués à proximité de la demande ou des matériaux bruts. »

Relocalisant au passage les emplois manufacturiers à proximité de la demande, pas là où ils sont les moins coûteux, dans un monde où l’énergie va devenir de plus en plus rare.

L’autre impact économique majeur est la poursuite du passage d’une économie intensive en travail, où le coût de ce dernier est central, à une économie intensive en « créativité et en ingéniosité ».

Évidemment, de nombreux obstacles demeurent :

La guerre psychologique a commencée avec une surmédiatisation d’utilisation néfastes de ces outils : Pourquoi on veut vous faire peur en parlant de l’impression 3D que comme un outil servant à se fabriquer des armes en plastique dans son garage? En effet, la grande crainte des défenseurs de cette nouvelle technologie, c’est le choc annoncé avec les grandes industries manufacturières. L’arrivée des MP3 – et de leur copie – il y a une dizaine d’années a déclenché une guerre entre Internet et les industries du divertissement dont les secousses se ressentent encore aujourd’hui. L’impression 3D rendant théoriquement possible la copie de n’importe quel objet, on ne peut qu’anticiper un choc encore plus important.

L’industrie tente de récupérer l’impression 3D et de la tuer dans l’œuf un peu comme quand les majors du disque avaient tué Napster qui les menaçait en l’achetant. Un des problèmes de l’impression 3D c’est les atteintes à la  propriété industrielle: si on peut tous copier tout et n’importe quoi sur nos imprimantes cela va contrevenir aux brevets des industriels. D’autant qu’avec la démocratisation des scanners 3D, on peut tout scanner donc reproduire en 3D.

De brevets ont déjà été déposés pour intégrer des DRM (Digital Right Management) dans les outils de production numérique, voire dans les objets eux-même pour vérifier leur « légalité », ce qui pose bien évidemment de grosses questions sur le droit à subvenir à ses propres besoins quand on voit les dérives de la propriété intellectuelle.

Il existe évidemment aussi des obstacles pratiques, avec notamment l’énorme travail que devra fournir la communauté du libre pour adapter les logiciels libres au grand public (sortir du « par les geeks, pour les geeks ») car non, le citoyen lambda (nous) n’a pas envie de passer des heures à comprendre pourquoi il n’arrive pas à faire un rond sur son dessin… (true story ^^).

Il y a les limites techniques ensuite car croire que l’impression 3D va être capable de reproduire tous les objets que nous utilisons, c’est complètement nier la complexité de l’industrie moderne. Imprimer une coque d’iPhone personnalisée, ce n’est pas la même chose que manipuler des fours, du métal en fusion ou du sable et de la chaux pour produire du verre. Mais les techniques évoluent très vite, et d’autres technologies tomberont bientôt dans le domaine public. De plus, les limites physiques en termes de ressources et d’énergie amèneront d’office vers une simplification de la production, réduisant par là-même le gap entre l’industrie manufacturière mondialisée actuelle et les capacités d’une production plus locale.

Mais l’obstacle principal reste d’ordre social, et la solution à nos problèmes sociaux n’est pas technique. Elle peut s’appuyer sur la technique, mais au final, ce qui compte c’est le désir d’autonomie au sein de la société. Cela passe peut-être par une autre éducation, d’autres institutions, l’émergence de structures participatives qui ne se limitent pas au savoir (wikipedia), mais s’emparent des processus décisionnels, la diffusion de modes de pensées et de langages plus fonctionnels et moins conventionnels…

Nous pensons que les Fablab sont l’une de ces structures. L’impression 3D n’est qu’un outil parmi beaucoup d’autres, au service d’une possible nouvelle organisation de la société.

Bien évidemment, avoir chacun sa petite machine chez soit (comme essaye de nous le vendre les industriels s’engouffrant sur le marché des imprimante 3D) sera totalement inefficace. On peut par contre imaginer que des petites entreprises se créent et se spécialisent dans l’achat, la maintenance et le service autour de ces imprimantes. Dans une ville de quelques milliers d’habitants, par exemple, le voisin du boulanger serait l’imprimeur 3D. Il aurait plusieurs machines à sa disposition, ainsi qu’un stock important de matières premières, et fournirait ainsi les habitants.

Le DIY, une composante essentielle de la transition

Une production locale selon les besoins, la capacité à réparer ou adapter les objets, suppression du besoin d’entretenir une société de consommation pour rentabiliser les outils de production, davantage de résilience… on rejoins la doctrine écologique qui nous anime.

Pour nous, le DIY est une composante essentielle de la transition écologique vers une société plus durable, et les Fablab sont la tête de pont des valeurs « Internet » de libération du savoir, de partage, d’entraide et d' »empowerment » dans notre rapport à la production.

A charge aux Fablab de faire en sorte que leur intégration dans le tissu micro-industriel devienne totale, que l’accès soit vulgarisé, simplifié (il n’est pas si simple de s’approprier des logiciels de conception, nous avons passé une bonne partie de la conception de l’éolienne à se choisir un logiciel!); sinon les Fablab pourraient rester longtemps comme répondant à une demande de niche. Les Fablab ne sont potentiellement pas qu’un « truc de geek », notamment pour ceux qui souhaitent passer par la phase créative…à bon entendeur?

 

Et pour nous ?

Pour revenir à nos moutons, imaginons maintenant les impacts potentiels qu’une Fablab pourrait avoir dans un pays tel que…le Bénin, pour changer. Des entrepreneurs type ceux soutenus par SENS, ou des particuliers souhaitant lancer une activité, pourraient s’équiper à moindre cout, améliorer la qualité et la quantité de leur production, et ceci sans importation chinoise et européenne.

Exemples?

  • Alphonse, de Ruche de Collines, pourrait tester une ruche Dadant, juste pour pouvoir comparer avec les kényanes. De quoi a-t-il besoin? Des plans de l’asso Open Source Beehive, de planches de bois et d’une découpeuse laser.

beehive

  • Ayodélé, d‘Ayodélé Production, qui fabrique lui-même sa provende pour ses lapins, pourrait avoir un bel outil de cuisson de son soja. De quoi a-t-il besoin? Des plans de Solar Fire , ou de ceux de la Fablab de Grenoble, de matériaux divers, d’une découpeuse laser, d’un coup de pouce d’un ami soudeur et de ses conseillers énergie préférés (nous ^^) pour adapter un chouia le design à ses besoins de cuisson.

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jerrycan

  • Un agriculteur du coin, ayant mal au dos quand il désherbe ses champs, pourrait avoir besoin d’une houe maraichère pour ne plus se baisser. De quoi a-t-il besoin? Des plans d’Adabio Auto-construction, de ferraille, d’un pote soudeur ou d’un poste à soudure + une formation pour apprendre à s’en servir.

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Tous ceux qui, de manière pro-active, recherchent de nouveaux outils de travail et de nouveaux objets du quotidien pour augmenter leur autonomie et donc diminuer leur vulnérabilité pourraient trouver, avec une Fablab, un nouveau modèle d’apprentissage et d’essaimage des idées.

Bref, à suivre de notre coté!

Concernant l’éolienne, avec le Tour de France elle a été mise quelque peu en standby. Nous avons aussi mis le doigt sur des erreurs de conception de notre part (merci PP et Christophe!), dues pour la plupart à l’adaptation des plans d’une éolienne en acier à une éolienne en bois et plexiglas. Ce fut notre proto n° 1, non terminé… à suivre au Bénin, avec une nouvelle version 2.0, et surtout avec l’aide de deux bricolo/soudeurs qu’on a en ligne de mire!

Résilience, le roman d’anticipation qui vous fera oublier de mater les fesses de vos voisin(e)s de plage cet été ^^

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Nous venons tous deux de terminer « Résilience », de Yannick Monget, la baffe littéraire de notre tour de France!

Le plus grand danger n’était pas notre puissance mais notre aveuglement…

Nelson Mandela.

Ce roman prospectiviste, préfacé par Corinne Lepage, fait froid dans le dos de part la crédibilité de son scénario, et renforce notre perception de l’industrie nucléaire actuelle: opaque, court-termiste, anti-démocratique… et surtout irresponsable.

Il s’agit d’un roman d’espionnage dans lequel fiction et (triste) réalité cohabitent sur fond de géopolitique et d’écologie. Le travail d’investigation est très bien intégré dans le récit et permet de s’approprier les informations indispensable pour comprendre le risque nucléaire, tout en anticipant les conséquences et implications de celui-ci face aux enjeux futurs (réchauffement climatique, crise énergétique, crise des ressources, crises sociales).

Si nous avons souhaité partager ce roman sur ce blog, c’est avant tout pour vous faire part d’une découverte littéraire (qui cherchait encore son roman de plage?) mais également pour expliquer pourquoi, malgré notre discours sur la crise énergétique qui s’annonce et sur le réchauffement climatique, nous sommes farouchement opposés à la filière nucléaire actuelle.

En effet, après avoir lu ce bouquin, on oublie les débats de chiffre stériles sur le coût réel ou la probabilité du risque, qui ne font que persuader les gens qui s’intéressent au sujet que c’est trop complexe pour eux. On oublie les faux débats sur le bien fondé des actions de Greenpeace qui s’introduit dans une centrale nucléaire pour mettre une banderole. On oublie les diatribes des experts nageant dans les conflits d’intérêt et qui répètent à longueur de plateaux télé les mêmes demi-vérités, mythes et argumentaires vaseux. Ce que permets ce roman, c’est de se focaliser sur l’essentiel : Le nucléaire comporte un risque inhérent colossal et des implications de long terme que l’être humain ne peut pas appréhender.

Comme le dit Philippe Bihouix (auteur de Low Tech. Et il ne parle là que du démantèlement, pas de la gestion de déchets sur 100 000 ans ou plus.) :

« Le problème du nucléaire, c’est que ça ne s’arrête pas comme une usine normale. Pour démanteler, il faut de l’énergie, des gens, un « macrosystème technique » (robots, électronique, main-d’œuvre qualifiée, capacité à faire du ciment, etc.), et être certain que l’on aura accès à tout cela dans dix ans, vingt ans, cinquante ans… C’est un pari. Un pari osé.« 

Un pari que, vous l’aurez compris, nous ne sommes pas près à prendre, ni à laisser prendre par des gens dont le seul intérêt est le profit ou le pouvoir.

Si vous avez vu les discours tenus par les responsables des banques lors des auditions devant le congrès américain, suite à la crise des subprimes, alors il est facile de s’imaginer quel discours tiendraient les responsables d’EDF ou AREVA après un accident nucléaire majeur: « On ne savait pas », « Nous ferons mieux à l’avenir », « L’objet social de notre entreprise n’est pas l’intérêt général »… autant pour nous et dommage pour les générations futures?

Personne n’assumera les conséquences en cas d’accident, et personne ne pourra rien faire, il faudra vivre avec sa part de culpabilité pour avoir soutenu ou laissé faire.

Bref, si vous n’avez pas peur d’entrevoir ce que l’avenir nous réserve peut-être, et que vous avez envie de lire un roman de fiction qui vous tiendra en haleine jusqu’à la dernière page, tout en vous donnant du grain à moudre face aux pro-nucléaires, n’hésitez surtout pas!

En quête de SENS?

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Petit article pour présenter SENS (Solidarités Entreprises Nord Sud), avec laquelle on part au Bénin en Volontariat de Solidarité Internationale le 1er aout, pour 2 ans.

  • SENS

SENS est une entreprise qui a été créée par Michel Pernot du Breuil en 2008: Après 30 ans à travailler dans le développement au Sud, principalement pour le CIDR, il a fait le constat d’un manque de pérennité des programmes mis en place, qui disparaissent dès que l’argent des programmes de développement cesse d’arriver, et/ou qui peinent à se démultiplier.

Son idée a alors été de tenter un développement différent, par la voie entrepreneuriale, pour assurer la pérennité des activités mises en places, puisque l’activité ne serait pas sous perfusion financière des programmes d’aide, mais reposerait sur un entrepreneur local. Évidemment, il ne s’agit pas d’entreprises purement capitalistiques, mais d’entreprises sociales et solidaires, dont l’activité est génératrice d’impacts positifs sur les populations vulnérables. Un compromis donc entre la rigueur d’une gestion entrepreneuriale et la réponse un besoin d’utilité sociale.

SENS n’est elle même pas une entreprise comme les autres puisqu’il s’agit d’une SCIC (Société Coopérative d’intérêt Collectif, statut qui ressemble aux sociétés coopératives SCOP, plus connues) : C’est donc une coopérative, dont des gens désireux de donner du sens à leur argent peuvent devenir actionnaires, mais en donnant aussi de leur temps et de leur personne, en apportant leurs compétences propres pour aider SENS à atteindre son objet social. SENS peut ainsi compter sur une quarantaine de sociétaires aux compétences diverses (Experts du développement, Agronomes, Ingénieurs, Apiculteurs, Financiers, Ressources humaines…) auxquelles le gérant peut faire appel ponctuellement.

Concrètement, SENS participe au développement en appuyant, en Picardie et dans 2 régions du Bénin (Collines et Borghou) des entrepreneurs solidaires sur des secteurs pouvant améliorer les conditions de vie de familles rurales et périurbaines et leur procurer des revenus stables. Ces entrepreneurs créent des circuits courts et équitables entre producteurs, transformateurs et distributeurs, au sein de filières porteuses comme :

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Une équipe de conseillers SENS accompagne les entrepreneurs solidaires à chaque étape de la vie de l’entreprise : études préalables, montage, implantation et développement des entreprises, évaluation des impacts sur les territoires.

Leurs domaines de compétences sont :

  • Marchés, produits & services
  • Procès techniques
  • Approvisionnements locaux
  • Ressources humaines
  • Rentabilité
  • Organisation – gouvernance
  • Le programme B’EST 2012 – 2016 et les entrepreneurs

Nos activités vont s’inscrire dans le programme B’EST – Bénin « Entreprendre Solidaire avec son Territoire » – appuie la création d’un réseau d’entrepreneurs solidaires sur 2 départements du Bénin : Collines et Borghou. Il prévoit de créer 25 entreprises générant 500 emplois équivalents temps plein, et incluant 3000 micro-entreprises dans leur chaine de valeur, en amont (productions rurales familiales) et en aval (transformation/distribution urbaines / jeunes et femmes).

Le groupe Facebook de B’EST et vidéo de présentation de B’EST et de ses impacts attendus sur les territoires (Laissez la musique de cette vidéo tourner pendant la lecture de cet article, elle est top pour se mettre dans l’ambiance béninoise!)

Création d’impacts:

Vidéo d’exemple d’impact sur les populations en amont des producteurs/entrepreneurs

Vidéo de présentation de Bernadette, une des entrepreneurs

  • Quelle est notre histoire avec SENS?

En 2008, nous sommes tous les deux à Ingénieurs Sans Frontières de Compiègne, encore étudiants à l’UTC. Nous avons rencontré Jim Esaie Atchikpa, alors maire de la commune de Glazoué, dans les Collines, lors d’un Forum Régional de la Coopération Décentralisée de Picardie. Lui-même étant ami avec Michel. Ils se sont échangé nos numéros au Bénin…et c’est parti pour une mission tripartite, entre la mairie de Glazoué, SENS, et ISF Compiègne! Mission sur la thématique conjointe de la santé et de l’entrepreneuriat social et solidaire.

Malheureusement, M. Atchikpa est décédé en avril, 3 mois avant le départ en mission. Sachant que c’était lui le pivot pro-actif de notre partenariat à Glazoué, nous avons décidé de continuer seuls entre SENS et ISF. S’en sont suivi 6 semaines à Aklamkpa, arrondissement de Glazoué, entre juillet et aout 2008. 6 semaines épiques! Comme nous le disons souvent, nous pourrions écrire un roman sur cette mission ^^. Cela a été notre première approche de l’Afrique, du Bénin, de la Solidarité Internationale, de l’inter-culturalité, des douches au seau, des groupes électrogènes fous, de l’igname pilé et de la pâte de maïs!

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Florilège de photos de 2008, avec notamment le fameux tracteur CCA (c’est ça l’Afrique, comme dans Blood Diamond)

Une amitié s’est créée entre nous et Michel, ce qui a fait qu’avec nos premiers salaires de jeunes diplômés, nous avons décidé d’investir dans SENS, en 2010. Nous sommes donc devenus sociétaires, et compte tenu de notre formation d’énergéticiens, nous sommes rentrés dans le vivier de compétences de SENS. Nous sommes donc repartis en mission en 2011 et 2013, sur la thématique de l’énergie. Nous avons également monté des dossiers de financement, proposé des sujets de stage, suivi des stagiaires UTC à distance…nous faisons partie du pôle de compétences Energie de SENS.

En octobre 2013, après un mois complet de road trip en Australie, gros choc en rentrant au boulot. Plus possible de trouver une réponse sensée à la question « pourquoi je fais ça, déjà? quel est le sens de mon travail? pourquoi je ne travaille de manière cohérente avec mon éthique que 15 jours dans l’année? » S’en est suivi la décision de proposer de travailler à temps complet pour SENS à Michel… qui a mordu à l’hameçon! Nous avons donc signé chacun un contrat de Volontariat de Solidarité Internationale, pour 2 ans.

  • Concrètement, que va-t-on faire pendant 2 ans au Bénin?

Nous avons 2 missions à mener en parallèle, avec le conseiller Energie déjà présent à SENS Bénin depuis avril 2013, Tony.

Objectif 1: des unités de transformation agro-alimentaires vont être mises en place avec des entrepreneurs locaux sous forme de pépinières urbaines (mutualisation des équipements de production, des ressources, des savoir-faire, des plateformes commerciales…). L’objectif est de définir et mettre en place des solutions technique hybrides aptes à satisfaire à moindre coûts les besoins énergétiques de ces entreprises, prenant en compte des solutions globales intégrant process, équipements, bâtiments, synergies inter-entreprises, business models.

Toute la difficultés consistera à concilier toutes ces contraintes (économiques, organisationnelles, production…) tout en proposant des solutions réellement durables (et ce n’est pas si simple, comme nous l’avons expliqué dans nos articles sur l’énergie ici et ).

Exemple? Bernadette produit du tchoukoutou (bière locale de sorgho malté), elle a donc des besoins en cuisson: la présentation de son entreprise dans le Borghou. Théodore produit de la poudre de moringa (une plante à haute valeur nutritionnelle), il a donc des besoins en séchage: présentation de son entreprise dans le Borghou. S’ ils travaillaient tous les deux sur un même site, avec par exemple de la méthanisation ou de la gazéification de déchets  pour répondre à leurs besoins thermiques, cela leur permettrait tout d’abord de mutualiser et donc de réduire les coûts, mais également d’améliorer leur process de production, d’augmenter leur capacité de production, de valoriser des déchets locaux sans valeur marchande, et donc d’augmenter la portée des impacts potentiels de leurs entreprises solidaires.

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Ci dessus: un foyer brûlant du biogaz, un gazéifieur alimenté en rafles de maïs et des coques de sésame méthanisables. Photos issues des missions de 2011 et 2013.

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Le Royal Tchouk de Bernadette et le moringa de Théodore

Exemple 2? Thomas est le gérant de la société Philéol – Huiles Végétales des Collines: présentation de son entreprise. Son ami Gildas produit des phytosanitaires à partir de l’huile de neem produite par Thomas: présentation de son entreprise. Ils travaillent tous les deux sur le site de la pépinière de Glazoué. Ils ont de sérieux problèmes énergétiques: ils ont besoin notamment de faire tourner des presses électrique pour la production de l’huile. La pépinière est raccordée au réseau national à partir du même disjoncteur qu’une scierie chinoise implantée juste à côté. La scierie ayant des besoins plus important que la pépinière, elle fait disjoncter l’alimentation des 2 sites dès qu’ils se mettent à travailler ensemble. Thomas et Gildas sont donc obligés de travailler la nuit, quand la scierie ne tourne pas. Les salariés des deux entreprises ne sont évidemment pas d’accord, ou réclament des primes de nuit, ce qui impacte très fortement la production et donc les ventes! Il faudra donc trouver une solution pour rendre la pépinière de Glazoué autonome énergétiquement.

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La presse de Thomas, et coques et graines de neem.

Objectif 2: mise en place d’un réseau de 10 à 12 entreprises rurales de fourniture d’énergie: identification et sélection des entrepreneurs candidats, formation et accompagnement sur la faisabilité, la mise en place et la gestion de leur entreprise. Identification et formalisation des solutions technique hybrides aptes à satisfaire à moindre coûts aux besoins énergétiques primaires des villages. Tests et modélisation de ces solutions, pour en préparer l’essaimage.

Ces entreprises vendront des services (et non pas directement de l’énergie), tels que la recharge de lampes ou de portables, transformation agroalimentaire, conservation frigorifique… voire même cinéma ou jeux vidéos!

Exemple? Celui très parlant d’Idohou, à Woria dans le Borghou.

Y a-t-il eu des précédents plein d’enseignements? Oui, celui de Gobada, pour lequel Adeline était partie en mission en aout 2013, avec l’inauguration en grandes pompes du site. Celui-ci s’est soldé malheureusement par un échec, permanent ou non, nous verrons bien, dû à un contexte social très complexe à Gobada, et quasiment inextricable. Nous ne l’avons su qu’en mars 2014, mais Gobada fait partie de la liste noire des institutions de micro-crédits au Bénin…c’est dire que pour le coup, nous avons fait une mauvaise pioche!

Voici donc pour nos objectifs professionnels, pour lesquels nous allons travailler avec toute l’équipe SENS.

Coté perso, nous nous intéressons à l’apiculture locale avec Alphonse et Ruches de Collines (certains d’entre vous ont déjà gouté les fameux petits pots de miels de neem, cajou et cosso!)

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Alphonse devant ses filtres miel/cire

Nous souhaitons terminer/modifier notre éolienne + alternateur pour aller vers plus d’indépendance énergétique des habitats (les coupures d’électricité sont monnaies courantes là-bas!), nous voulons avoir un petit potager avec des synergies entre cultures (pour changer de la pâte de maïs de temps en temps…), tester l’auto-construction de manière plus poussée qu’avec notre chantier participatif, tester la récupération d’eau de pluie, se mettre à la conception de notre futur habitat qui sera…quelque part, surprise pour dans deux ans? Nous voulons aussi étudier la mise en place d’une Fablab à Cotonou…suite au prochain épisode!

Et finalement, un peu de pub (ben quoi? Si on ne le fait pas là… ^^) : Si vous aussi vous êtes en quête de sens, n’hésitez pas à rejoindre l’aventure pour apporter votre pierre! Pour faire votre part du colibri C’est par là!